Carrière non linéaire : faut-il encore choisir un seul métier pour toute sa vie ?
Vous avez choisi une voie il y a cinq, dix ou vingt ans. Sur le papier, tout va bien. Mais une petite voix vous souffle que ce n’est plus tout à fait ça : vous vous ennuyez, votre métier ne vous ressemble plus, ou il vous épuise à petit feu. Et vouloir bifurquer, pour vous, ça ressemble presque à un aveu d’échec.
Remettre en question une voie qu’on croyait tracée pour toujours est pourtant devenu courant, à tout âge et dans tous les secteurs. Une carrière peut aujourd’hui prendre plusieurs directions, sans que ces changements soient synonymes d’échec ou d’instabilité.
Avec cet article, découvrez pourquoi la carrière linéaire s’essouffle, déconstruisez vos idées reçues sur les parcours atypiques et explorez les façons de faire bouger votre vie professionnelle, avec les bons appuis pour y voir clair.
Le marché du travail d'hier n'est plus celui d'aujourd'hui
Le travail, c’est un sujet sur lequel les avis divergent énormément, et ça dépend surtout de l’âge de chacun. À chaque époque ses codes, sa manière d’envisager le monde de l’emploi et sa définition de ce que veut dire « faire carrière ».
Je prends l’exemple de mon père, qui a plus de 70 ans. Lui, il a enchaîné les petits boulots jusqu’à devenir cadre chez un constructeur automobile, où il a fait des journées de 9h à 20h jusqu’à sa retraite. Une carrière linéaire dans les règles de l’art, avec une fidélité à toute épreuve envers son employeur. Ce schéma correspond à une représentation du travail largement associée à sa génération.
De mon côté, à un peu plus de 30 ans, avec déjà une reconversion dans les pattes et seulement 6 mois de salariat dans ma vie avant de devenir freelance, vous vous doutez bien que ce n’est pas franchement le modèle de carrière auquel j’aspire !
Exercer un seul métier (ou presque) toute sa vie, et faire toute sa carrière dans une seule et même entreprise, c’est une norme culturelle profondément ancrée dans notre société. Sauf qu’aujourd’hui, cette vision est de moins en moins représentative de la diversité des parcours actuels et ne reflète tout simplement plus la réalité du monde du travail.
Difficile d’avoir une carrière linéaire quand, en sortie d’études, on ne trouve pas d’emploi dans son domaine et qu’on enchaîne les CDD et les contrats précaires.
Difficile d’avoir une carrière linéaire quand notre employeur ne nous offre aucune perspective d’évolution et qu’on s’ennuie à mourir à son poste.
Difficile d’avoir une carrière linéaire quand une partie de notre métier est amenée à être automatisée.
Difficile d’avoir une carrière linéaire quand on se prend de plein fouet des crises économiques, sanitaires, écologiques, qui viennent bousculer notre place dans un écosystème déjà bien fragile.
En bref, que l’on subisse ces détours ou qu’on les provoque, le constat est le même. Les pauses, les virages et autres joyeusetés qui rendent une carrière tout sauf linéaire, ce ne sont pas des accidents de parcours, mais le reflet d’un monde qui change.
Une carrière non linéaire : un truc de jeunes ?
Les jeunes (autrement dit, les plus jeunes que nous) sont souvent désignés comme le moteur des grandes évolutions de notre société. Chaque génération se construit dans un contexte économique et social différent, avec ses propres attentes, notamment vis-à-vis du travail.
On dit de la génération Z qu’elle est feignante, volatile, jamais contente… Mais c’est un préjugé ! Et pour être honnête, ce procès-là, on le fait aux jeunes depuis toujours : chaque génération a entendu qu’elle était trop ceci ou pas assez cela.
L’étude APEC/Terra Nova de février 2024 vient d’ailleurs le confirmer : les moins de 30 ans ne présentent aucune différence objective d’engagement par rapport à leurs aînés (le rapport complet est ici). Mêmes critères de satisfaction au travail, même rapport à l’autorité. Ce qui les distingue, c’est une envie plus marquée de progresser et d’apprendre. Pas un rejet du travail, loin de là !
Toutefois, il est vrai que la jeune génération semble plus encline à envisager ces mouvements de carrière. Après avoir parfois vu ses parents se tuer à la tâche et accorder une place considérable au travail, elle aspire à faire autrement.
Selon l’enquête « Génération 2017 » du Céreq, un jeune sur quatre a envisagé de changer de métier entre 2020 et 2023. 77 % veulent plus de sens dans leur travail, 67 % un meilleur équilibre entre vie pro et vie perso. Ils ne s’accrochent plus à un poste qui ne leur convient pas. Un travail stable, oui, mais pas au prix de leur santé ni de leur bien-être.
Et ça, forcément, ça inspire ! Ça donne des idées, y compris à leurs aînés qui n’osaient pas bouger. Ça donne envie de faire des pas de côté. De se laisser tenter par l’inconnu, de faire plus de place à ses passions, à ses valeurs. De choisir plutôt que de subir.
Qu’est-ce qui peut mener vers une carrière multi-métiers ?
Les raisons qui poussent à changer de voie sont multiples, et elles varient beaucoup d’une personne à l’autre, d’une génération à l’autre. Si on prend un peu de hauteur, on peut malgré tout les ranger derrière deux grands moteurs.
Les changements de carrière contraints
Certains métiers sont amenés à disparaître, ou du moins à changer de visage. L’Institut de l’Entreprise projette que 27 % des tâches actuellement réalisées par les salarié·es français·es pourraient être automatisées d’ici 2030 (voir l’étude). Pour les personnes concernées, faire évoluer ses compétences, voire se réorienter, peut devenir une nécessité.
C’est vrai aussi pour une partie des profils seniors : quand retrouver un poste dans son secteur d’origine devient trop difficile, changer de métier peut alors devenir une porte de sortie.
Les changements de carrière volontaires
Pour beaucoup d’autres, en revanche, le changement est un choix pleinement assumé. Les motivations ne manquent pas :
- le besoin de sens,
- l’envie d’apprendre,
- se réinventer,
- aligner enfin son travail avec ses valeurs et ses centres d’intérêt.
Pour certains, c’est une quête de liberté ; pour d’autres, une question de santé mentale, ou l’envie de sortir d’un métier subi pour une activité vraiment choisie. Et là encore, ce n’est pas qu’une affaire de jeunes ! Une fois les enfants partis et les contraintes financières allégées, certains quinquas se donnent le droit de viser un métier plus épanouissant, quitte à gagner un peu moins.
Changer de cap ne passe d’ailleurs pas toujours par un nouveau métier. Parfois, la vraie liberté, c’est de s’autoriser une pause. Se lancer dans un projet entrepreneurial, prendre le temps de s’occuper de ses enfants ou d’accompagner un proche, partir voyager, faire du volontariat, reprendre des études, se reconstruire après un burn-out : ces parenthèses ont toute leur place dans un parcours.
Reste un frein : la peur de nuire à son employabilité. L’idée qu’un parcours atypique, multi-métiers, ou troué de pauses et de formations sur le tard, serait un signe d’instabilité ou de manque de fiabilité.
Tordez le cou à cette idée reçue !
Un parcours varié peut aussi raconter tout l’inverse : une capacité d’adaptation, de la curiosité, et souvent une connaissance de soi bien plus affûtée. Ces profils qui ont déjà plusieurs vies derrière eux arrivent avec un solide bagage de compétences transférables, et ça, en entreprise, c’est une force.
De l’aide pour formaliser son parcours
Pas toujours facile de raconter son parcours et de mettre en valeur sa carrière, n’est-ce pas ? C’est là que des démarches comme le bilan de compétences ou la VAE entrent en jeu, pour mettre en mots ces parcours et les transformer en atouts. La VAE valide par un diplôme reconnu l’expérience acquise sur le terrain.
Avec le bilan de compétences, vous prenez le temps de faire le point sur votre parcours et sur tout le savoir-faire accumulé au fil des expériences. C’est aussi le moment de clarifier quel environnement de travail vous convient vraiment et ce qui est non négociable pour vous.
Vous explorez ensuite différents domaines et métiers, vous vous renseignez, vous échangez avec d’autres personnes du secteur pour affiner un projet à votre image. Et vous n’êtes pas seul·e dans cette démarche : un·e accompagnateur·ice est là pour vous épauler, vous questionner, vous bousculer un peu et, surtout, mettre en lumière votre savoir-faire comme votre savoir-être.
À la fin, vous tenez un projet professionnel réaliste et cohérent, qui vous mènera peut-être vers un métier très différent de celui d’aujourd’hui. À vous, alors, d’accepter ce changement et d’en faire une force.
D'autres façons de faire bouger sa carrière
Bien entendu, rien ne vous oblige à tout envoyer en l’air pour trouver une vie professionnelle qui vous ressemble. D’ailleurs, vouloir rester dans son domaine ou dans son entreprise parce qu’on s’y sent bien, ça n’a rien à voir avec de la stagnation.
Si l’envie de pimenter un peu votre quotidien professionnel vous travaille, mais que les grands bouleversements ne sont pas d’actualité, plusieurs pistes s’offrent à vous :
- Changer d’entreprise en gardant son métier : même poste, mais nouvelle culture, nouveau contexte, nouvelles façons de travailler et de collaborer. Ce mouvement horizontal est un levier de développement largement sous-estimé.
- La mobilité interne : changer de poste, rejoindre un autre service, prendre une mission transversale ou un poste de référent·e ou de formateur·ice.
Monter en grade, ce n’est pas la seule définition du progrès professionnel. Devenir plus compétent·e, plus à l’aise, gagner en autonomie, apprendre à faire ce qu’on ne savait pas faire l’an dernier : tout ça, c’est aussi progresser. On progresse quand on maîtrise mieux son métier, quand on prend plaisir à l’exercer, quand on transmet à d’autres ou qu’on élargit son périmètre sans grimper d’un cran. La vision verticale de la carrière convient à certains profils, et c’est très bien ainsi ! Mais elle n’a rien d’universel, et la confondre avec l’ambition ou la valeur d’un·e salarié·e est une erreur.
Du côté des entreprises, il y a aussi du travail. La priorité, c’est d’écouter vraiment, puis de proposer des solutions concrètes. Les accompagnements à l’orientation devraient être accessibles et sortir du tabou. La question de la mobilité mérite d’être posée ouvertement, au même titre que celle des formes de travail plus souples : télétravail, temps partiel, etc.
Les carrières linéaires, c’est terminé ?
Le modèle de carrière traditionnelle ne disparaîtra probablement jamais, et ce n’est pas l’objectif, mais il n’est plus la seule norme à laquelle comparer tous les parcours.
Car entendons-nous bien : avoir une carrière linéaire n’est pas une mauvaise chose. Ce qui est critiquable, c’est de penser que le contraire l’est. Il n’y a pas de modèle unique, et il n’y en a pas un qui a plus de valeur que l’autre. Toutes les possibilités doivent et peuvent coexister, car il y a autant de chemins de carrières possibles que de personnes. Les mentalités sont en train de changer, et c’est pour le mieux !
Alors, faut-il encore choisir une seule voie professionnelle ? Oui et non. Oui, parce que choisir une voie est, d’une certaine manière, obligatoire pour se lancer et obtenir de premières expériences. Non, parce que rien ne vous oblige à la suivre toute votre vie. Il devient parfois impossible de continuer dans cette voie, pour des raisons indépendantes de votre volonté, ou personnelles. Il peut alors être utile de comprendre ce qui provoque cet inconfort avant de décider de la suite. Et c’est d’autant plus vrai à notre époque, où le marché de l’emploi est instable et plein d’incertitudes.
Optez pour une vie professionnelle qui vous correspond, quel que soit le chemin qui vous y mènera !
Et ce chemin, bonne nouvelle, vous n’avez pas à le tracer seul·e. Nos accompagnateur·ices vous accompagnent pour faire le point, mettre en lumière ce qui compte vraiment pour vous et bâtir un projet professionnel qui vous correspond, à votre rythme.
Nous vous proposons de réaliser un premier rendez-vous dans une agence ASENSILE près de chez vous. Sans engagement, cet échange permet de faire le point sur votre situation et de vous aider à identifier la ou les solutions les plus adaptées.


